Lettre ouverte au Parlement Européen

image

Ne laissez pas les milieux internationaux aux propagandistes de la République islamique!

Mesdames, Messieurs,

Lors d’un récent discours au Parlement européen, Monsieur Mohsen Makhmalbaf s’est autoproclamé le représentant du peuple iranien (Madame Marjan Satrapie réalisatrice du film Persépolis, qui se prétend apolitique était son interprète et compagnonne).

Tout en défendant l’aile modérée de la République islamique et en occultant bien volontiers les crimes commis par de hauts personnages du pouvoir dont certains se présentent aujourd’hui comme des opposants, Monsieur Makhmalbaf a proposé une analyse toute personnelle du soulèvement du peuple iranien pour la défense de ses droits écrasés depuis 30 ans régulièrement et systématiquement. Selon lui, la solution à cette crise se résumerait à l’organisation de nouvelles élections présidentielles.

Prisonniers politiques et artistes contraints à l’exil à cause de la répression exercée par la République islamique, nous avons supporté les harcèlements de Monsieur Makhmalbaf. Il nous semble donc essentiel de vous montrer son vrai visage et celui des « amis » qu’il soutient. Ceci pour que la  vérité ne reste pas cachée aux yeux des peuples d’Europe.

Dès l’avènement de la République islamique, la mission de Monsieur Makhmalbaf  a été d’organiser le cinéma islamique en procédant à une mise au ban de plusieurs cinéastes dont certains avaient été ses compagnons dans les prisons du Chah. Ces faits sont confirmés par plusieurs documents en notre possession que nous tenons à votre disposition.

Monsieur Makhmalbaf et le groupe Balal Habachi ont réprimé durement toute opposition au régime islamique et tout particulièrement les forces de gauche. Monsieur Malhmalbaf a poussé le zèle jusqu’à dénoncer les personnes arrêtées à Ladjévardi, bourreau connu de la prison d’Evine et à conduire en personne les interrogatoires des prisonniers.

Il a, contre leur volonté et sous la menace d’armes, obligé les prisonniers de la prison d’Adel-Abad  à participer aux films de propagande de la République islamique en les présentant comme des espions. Ces prisonniers ont saisi des organisations des Droits de l’Homme mais leur plainte est restée lettre morte à cause de l’atmosphère de terreur qui régnait sous le pouvoir absolu de Khomeiny.

Dans les prisons de la République islamique, la lecture des livres de Makhmalbaf et le visionnage de ses films étaient obligatoires. Tout prisonnier refusant de se soumettre était torturé.

Après plusieurs années de bons et loyaux services, Monsieur Makhmalbaf incarne à présent le rôle d’opposant. Autant dire que nous ne sommes pas dupes. Il a toujours refusé de dénoncer les crimes du régime islamiste, se drapant derrière ses prétendues fonctions culturelles. Son seul objectif est de manipuler l’opinion internationale pour maintenir le régime actuel en place en concédant quelques changements.  Il prétend représenter le peuple iranien courageux qui s’est soulevé contre les armes des Bassidjis. Quel cynisme ! Est-il digne du Parlement européen de donner la parole à cet individu pour qu’il trompe les gens?

A une autre époque, des milliers de personnes se sont rassemblées pour contester la remise d’un Oscar au cinéaste américain Elia Kazan, dénonçant ainsi sa collaboration à la chasse aux sorcières de McCarthy. L. Rifenstall était aussi un cinéaste créatif allemand qui soutenait la pensée nationale-socialiste. Ces films de propagande n’étaient pas moins propagandistes que ceux de Makhmalbaf, mais jusqu’à la fin de sa longue vie, le fait qu’il ait soutenu les fascistes l’a poursuivi.

Monsieur Makhmalbaf joue maintenant les vertueux et essaie, à travers la tribune du Parlement européen, de se refaire une santé politique et de sauver une partie du régime criminel en obtenant votre soutien.

Députés respectables du Parlement européen, vous savez très bien que les élections n’ont aucun sens réel pour la République islamiste. Depuis 30 ans le peuple iranien est victime d’un simulacre puisque les candidats aux élections sont toujours choisis par le Valiyé faghih, le guide suprême. Voilà 30 ans que le peuple vit dans une précarité économique, mentale et physique et subit une répression incessante exercée par toutes les composantes du régime islamiste, sans aucune exception.

Pour mémoire, rappelons qu’entre 1981 et 1988, plus de 1 300 prisonniers politiques ont été assassinés alors que Mohsen Moussavi était Premier ministre. Makhmalbaf, guidé par ses seuls intérêts, cherche maintenant à soutenir Monsieur Moussavi. Qui se ressemble s’assemble.

Nous souhaitons que la voix du peuple iranien opprimé par des Makhmalbaf puisse s’exprimer à la tribune du Parlement européen pour que vous entendiez les véritables témoins et victimes de la répression actuelle. Vous saurez ainsi comment les jeunes hospitalisés à la suite des manifestations sont kidnappés en pleine nuit pour être jetés en prison et torturés

Nous en appelons à la solidarité internationale des peuples de l’Europe.

Avec nos salutations,

Centre des cinéastes d’Iran en exil, des ex-prisonniers de la République islamique, artistes, auteurs et cinéastes en exil, des activistes politiques et artistiques, et des centres culturels, artistiques et cinématographiques.

Copies aux médias

Lettre signée par 11 centres culturels/artistiques et politiques, 46 personnalités politiques, juridiques, cinéastes, metteurs en scène de théâtre et autres artistes en Europe, aux Etats-Unis et au Canada.

image

Pin It

Comments are closed.