Lettre ouverte à M. Costa GAVRAS

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Que se passerait-il si les sangliers et les chauves-souris ne portaient pas le masque d’artiste, d’écrivain, de poète, de journaliste, de scientifique, de politicien…pour acquérir de l’argent et de la notoriété en aidant les dictateurs criminels à justifier leurs actes barbares ? Si seulement censure et propagande appartenaient au passé, si seulement les vautours sanguinaires ne portaient pas de masque, alors oui l’art serait en tout point défendable et nous pourrions être fiers d’ériger les intellectuels comme porte-paroles de ceux qui ne l’ont pas; mais voilà l’opportunisme règne et en Iran plus particulièrement.

Hannah Arendtintellectuelle allemande anti-nazie qui est partie en exil, a résumé l’influence du comportement des intellectuels dans la stabilité des régimes dictatoriaux. Ne peut-on pas généraliser ses dires à notre société intellectuelle, à l’intérieur et à l’extérieur du pays ? « La formation des États dictatoriaux, sans la présence d’intellectuels étroits et minables, n’est pas possible. Ce genre d’intellectuels dans les faits est au service d’un régime qu’il prétend combattre ».

« Qui ne connaît pas la vérité n’est qu’un imbécile (ou un ignorant) mais qui, la connaissant la dissimule, celui-là est  un criminel»

Bertolt BRECHT

C’est pourquoi nous écrivons ici, afin d’avoir peutêtre plus d’impact, car nous avons vraiment le sentiment de ne pas être écoutés …  

Cher Monsieur GAVRAS

Lors de notre rencontre à la cinémathèque, je vous ai remis un dossier de 12 pages, qui contenait des arguments solides sur les méthodes du régime des Ayatollahs dans le domaine de la publicité à l’extérieur du pays, en utilisant l’art, et notamment le cinéma. Ainsi je vous ai demandé de programmer les films des cinéastes iraniens en exil (les vrais exilés), mais il semblerait que le résultat de ma demande ait basculé par deux fois en faveur des cinéastes nourris des mains de ce régime…

D’abord, vous avez privilégié, en donnant toutes les facilités de la cinémathèque, ceux qui que ne sont que les partisans d’un autre Mollah (réformateur !!!), M. MOUSAVI (un des candidats que l’occident veut bien imposer aux iraniens), celui-ci, en tant que premier ministre pendant 9 ans cautionnait les crimes horribles de l’Ayatollah KHOMEINY.

Comment pouvez- vous expliquer cette discrimination évidente???

Je me pose la question de savoir d’où vous connaissez M. PANAHI, M.  KIAROSTAMI, M. RASSOULOFAsghar FARHADI? et d’autres cinéastes et artistes iraniens, appréciés par de nombreux responsables culturels de France, tels Abolfazl DJALILI, MAKHMALBAF, Niki KARIMI, kambouzia PARTOVI, Bahman GHOBADI, Tahmineh MILANI, Rakhshan BANI ETEMAD, MarziehMeshkini, Manijeh Hekmat, Lila HATAMI, Madjid MADJIDI, Rafi PITZ, Hadieh TEHRANI, Mohammad HAGHIGHAT… Et les chanteurs comme: Shahram Nazeri, Parissa, SHAJARIAN, les poètes comme Mohammad Ali SEPANLOO. …

S’ils étaient vos voisins, vos cousins ou encore vos anciens camarades de classe, je comprendrais mieux votre geste humaniste…

Ils ne prennent pas comme modèles les cinéastes comme Stanley Kubrick,Youssef Chahine, Fritz Lange ou Mélina Mercouri, mais au contraire encouragent et défendent depuis les premiers jours de la révolution, le régime islamique et son idéologie et leur rôle est de maquiller ce régime, (je vous invite à lire les articles écrits par les cinéastes exilés à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iran, et je vous rappelle qu’aucun film ou produit culturel n’est jamais sortie d’Iran, sans contrôle de fidélité de l’auteur envers les Mollahs et autorisation préalable du régime !.

Si vous jugez les artistes par leurs œuvres, vous pouvez organiser dans votre établissement, une exposition des tableaux d’Hitler, ou vous pouvez même inviter Mr KHAMENEI (guide suprême de la République Islamique d’Iran) pour une conférence sur la musique iranienne car c’est un connaisseur et musicien. 

Je suis profondément affligé de l’incroyable silence des responsables politiques et/ou culturels, envers d’autres cinéastes iraniens, qu’ils soient en exil à l’intérieur comme Bahram BEYZAI (il vient de quitter l’Iran), Nasser TAGHVAI, véritables maîtres du cinéma (même si je suis en désaccord avec eux sur certains points de vue) ou à l’extérieur comme Moslem MANSOURI, Parviz SAYAD et bien d’autres, tout aussi talentueux. Silence également sur les exécutions quotidiennes des vrais opposants en Iran. Cela fait 32 ans que cela dure. Le 22 mars 2009, Omidreza Mirsayafi décédait dans lasinistre prison d’Evin à Téhéran. Omidreza Mirsayafi n’était pas le cyber dissident le plus connu ou le plus actif. Son blog traitait de sujets musicaux et artistiques. Plus récemment, en octobre 2009, FaribaPajooh, jeune journaliste qui tenait un blog pour dénoncer les exactions commises à l’encontre des manifestants, a été jetée en prison. Elle risque la peine de mort. Mona Mollakhani a été arrêtée en 2005 à Téhéran pendant qu’elle faisait un film, et à ce jour il n’y a aucune nouvelle d’elle.

Je me permets de vous rappeler que c’est grâce à l’argent du peuple iranien que Jafar PANAHI et les autres cinéastes fidèles au régime sont devenus célèbres à l’extérieur mais en vérité ils ne sont que des représentants culturels des Ayatollahs à l’extérieur.

Jafar Panahi est un homme sans reconnaissance, qui a oublié avoir longtemps joué le jeu du pouvoir, en donnant à l’Occident une image critique !!! De l’Iran. Comment peut-on être critique alors même que l’on est produit, autorisé et soutenu par ce même pouvoir ? Que l’on ne s’y trompe pas l’Iran est bel et bien une dictature, sachant user de sa propagande à l’intérieur comme à l’extérieur. J’en veux pour preuve la programmation au très officiel festival de Fajr de Offside, récompensé à Berlin (toujours sous le patronage de M. AHMADINEJAD !!!)

Il a été certes interdit en Iran, mais il n’a jamais été question, pour le régime des ayatollahs, de le programmer, ainsi que ceux des autres cinéastes officiels, à l’intérieur du pays.

La politique cinématographique propagandiste du régime est une copie fidèle de la politique de Joseph Goebbels, il y a deux cinémas, l’un à l’usage des iraniens à l’intérieur, et l’autre à l’usage de l’occidental pour doper les occidentaux à l’extérieur du pays.

A vrai dire il a beaucoup de dettes envers M. AHMADINEJAD).

M. Djafar PANAHI, (votre héros !!!) au festival de Salonique, en Grèce, quand le cinéaste tadjik a comparé le cinéma de la République islamique à celui de l’époque de Staline, a quitté la réunion du jury en protestant et en disant que c’était une offense contre les responsables du pays. Les responsables du pays de Monsieur PANAHI ne sont qu’une poignée de criminels. Djafar PANAHI n’a pas protesté contre ces criminels, il a protesté contre l’offense qu’on leur avait faite.

Le cinéaste  a parié sur le mauvais cheval en soutenant le soit disant réformateur Moussavi (le candidat préféré d’un certain responsable culturel et politique français et certain intellectuels iraniens, bref, des gens sans moralité qui font semblant de ne pas savoir la différence entre la résistance française et les Nazis ! La différence entre par exemple Youssef Chahine, qui toute sa vie s’est battu contre la censure en Égypte, et PANAHI qui était un fidèle maquilleur des régimes de la censure! Ils ne savent pas ce qu’est la vraie nature de ce régime, qui ne permettent même pas aux jeunes d’entrer à l’université, même avec la bonne mention au bac, à défaut de leur bonne connaissance de Charriât et les lois islamiques. Ils attaquent les aspects les plus intimes de la vie des gens, ils n’ont jamais respecté les lois du monde civilisé.

(C’est aujourd’hui que M. PANAHI et M. RASSOULOF, GHOBADI et les autres ne sont pas d’accord avec M. AHMADINEJAD en croyant que le vainqueur de l’élection sera M. MOUSSAVI).

Aujourd’hui, la roue a tourné et M. PANAHI après en avoir bien profité, est tombé en disgrâce. J’entends bien votre indignation pour la liberté d’expression, mais ne soyez pas dupe, cette personne- là ne mérite pas votre soutien. Vous faites fausse route.

Évidemment, je suis comme vous contre l’emprisonnement idéologique des opposants, mais je ne vois aucun signe d’opposition de la part de M. Djafar PANAHI contre le régime, il a simplement retourné sa veste. Cela fait six ans que M. AHMADINEJAD est président, pendant le premier mandat présidentiel de M. Ahmadinejad, il l’a considéré comme un bon président et n’avait aucun problème avec lui !

Rassurez vous ce régime n’a même pas besoin d’organiser les élections pour ensuite les frauder, et ce, depuis 32 ans (grâce à la complicité de l’occident et ses intellectuels) !!!

En vous respectant pour votre engagement humaniste, je suis déçu et en colère, que la Mairie de Paris comme d’habitude, sous l’influence de ses conseillers iraniens ou pro régime iraniens (qui sont les vôtres) s’apprête à suspendre les photos de ces deux hypocrites sur la façade de l’Hôtel de Ville (ils n’ont rien en commun avec les journalistes en otage) et à remettre à M. Djafar PANAHI le titre de citoyen d’honneur de la ville de Paris (pauvres Parisiens!).  Vous voulez nous faire croire que nous, les artistes en exil, avons peut être eu tort de ne pas obéir aux ordres des Mollahs en restant en Iran, profiter de la générosité des Ayatollahs et devenir les chouchous de l’occident ! En effet vous avez raison, nous les exilés et immigrés iraniens (5 à 6 millions) nous sommes stupides de nous évader et partir à l’extérieur!!!Nous constatons bien qu’un certain responsable culturel et politique français ignorent notre existence. Nous pouvons aussi choisir d’ignorer la vérité. C’est la responsabilité de chacun, et nos choix ont forcément des conséquences sur notre conscience.

Vous ne croyez pas à cette hypothèse, alors prouvez- nous que vous êtes toujours le même Costa GAVRAS, juste et honnête et non naïf, piégé par les courtiers des assassins…

NB : Si un jour vous changez d’avis, sachez que l’association Art en Exil peut vous présenter plus de 200 films réalisés par des cinéastes en exil dans des conditions  souvent très difficiles !

Je vous remercie de votre attention à la lecture de cette lettre.

Je me tiens à votre entière disposition pour vous fournir des renseignements complémentaires si vous le souhaitez.

Dans l’espoir d’une rencontre prochaine, je vous prie de croire, à l’expression de ma profonde considération.
Bien cordialement

Djavad DADSETAN

Directeur Artistique

Association Art en Exil

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