Lettre ouverte : Quelques mots aux amoureux du Pétrolecinéma de la République Islamique !

image« Certains des cinéphiles ( !) aiment, apparemment, plusieurs choses à la fois : ils aiment en même temps le cinéma de Fritz Lang, de Stanley Kubrick, de Roberto Rossellini et le cinéma des nazis, ainsi que les productions culturelles et la ruse politique de la République islamique. Ce sont des choses qui arrivent quand il n’y a pas de délimitation. Ce qui reste, c’est seulement les coquetteries artistiques/politiques. La différence entre les artistes comme Fritz Lang,  Stanley Kubrick, Roberto Rossellini avec ceux-là, c’est justement la délimitation. »

Avec le souhait d’un monde plein d’honnêteté, de franchise et du vrai respect pour les valeurs humaines ; et avec mes salutations.

J’avais plutôt envie de faire un rapport, même court, sur la réussite du dixième festival international du cinéma Iranien en exil, ses films dénonciateurs et son influence sur les spectateurs iraniens et non Iraniens. Je voulais écrire pour remercier tous les amis qui, sans aucune attente, et comme d’habitude, ont donné toute leur chaleur humaine au festival, pour remercier la présence de Michael Lonsdale célèbre comédien français qui a reçu le César du par deux fois, pour remercier tous les médias iraniens et non iraniens qui ont soutenu les vrais artistes en exil et le festival. Mais je vois, avec surprise, le torrent de publicité sur différents médias, et par des connaisseurs de la culture et de l’art occidentale ( !) pour Monsieur Asghar Farhadi, et je me sens obligé de répondre à quelques questions de ces messieurs et dames de littérature, de culture, de l’art, de politique qui sont en majorité expérimentés dans tous les domaines, mais qui, aujourd’hui, se sont perdus et sont atteints de la maladie d’Alzheimer qu’ils ont bien voulu avoir.

Mesdames, Messieurs,

Pouvez-vous donner le titre d’un film, je répète, d’un seul film exporté par la République islamique qui ait reçu un prix international et  qui n’ait pas traversé la barrière de la censure ? Depuis l’installation de la République islamique jusqu’aujourd’hui, aucun film n’est sorti de l’Iran sauf si la fidélité du scénariste et du metteur en scène au régime n’ait été prouvé… Avez-vous imaginé que la République islamique est démocrate, pas intelligent, débile ? Un régime qui finance tous les frais engagés des films qui le critiquent – du scénario jusqu’à la possibilité de le montrer largement à l’extérieur du pays. Vous pensez qu’il est démocrate bien sûr ! Ce même régime qui sans cesse creuse dans la vie de la population d’Iran, ce même régime qui a assassiné, après l’avoir torturée et violée, Zahra (Ziba) Kazémi, cinéaste irano-canadienne, des blogueurs, des militants pour la liberté, des vieux, des jeunes, etc. après les avoir torturés et violés, pour laisser leur corps mutilés dans des cimetières inconnus… Et vous félicitez le symbole de ce régime ?

Direz-vous peut-être que ces dames et messieurs que nous avons connus à travers la large publicité du régime et de ses assistants, sont plus intellectuels que les mollahs ! Alors si cela est vrai, c’est le moment d’aller en Iran et de profiter de nombreux avantages de la République islamique.

Faites attention aux discours et messages répétitifs de Asghar Farhadi pendant la cérémonie des Oscar, de  Hedyeh Tehrani (actrice des films commandés par les Ayatollahs), dans la cérémonie de commémoration (pour quelle raison ?) et pour le prix (pour quel prétexte ?) ici à Paris, le discours que Ahmadi Néjad avait déjà prononcé aux Nations-Unies !

Le régime envoie ces gens-là à l’étranger avec une feuille pré-écrite dans la poche pour qu’ils ne disent rien de plus ni rien de moins quand ils sont derrière le micro. Imaginez que les gens comme Farhadi et autres marchands transformés en artistes, vivent dans des pays occidentaux. Allaient-ils recevoir un prix ? Peut-être même que leurs films allaient rester au niveau de ceux d’un cinéaste banal.

Je vous fais jurer sur votre honneur, pourriez-vous trouver un seul plan, même pas une séquence dans ces films d’exportation à prix, sur les fosses communes de Khâvarân, des viols de femmes et d’hommes dans les prisons, de la violence contre les manifestants qui luttent pour la liberté, des enfants qui travaillent, de la vie misérable des marginaux, de l’exécution d’homosexuels, et tout autre malheur fait à la population ? Avez-vous déjà vu qu’un de ces vautours d’apparence humaine (ils ne méritent pas un autre qualificatif!) montre dans son film un de ces problèmes ? Leurs films montrent toujours la même chose : que si les gens ont des problèmes, ce n’est pas la faute du régime ; c’est eux-mêmes qui sont les fautifs !

Mesdames, Messieurs,

Est-ce que la population réprimée d’Iran a obligé ces gens-là de réaliser des films (surtout des films de propagande) ? Et si un jour ces messieurs et dames s’arrêtent de faire des films, le peuple d’Iran serait-elle en deuil ? Et encore une fois, regardez ce film « Une séparation », il n’y a que de la propagande :

Propagande pour l’Islam (un bon musulman ne vole pas, ne trompe pas les autres !)

Propagande pour le système judiciaire (les juges islamiques sont justes, et ce n’est pas vrai qu’ils donnent l’ordre de couper des mains et des pieds ou des exécutions ; c’est de la propagande mensongère des ennemis. Alors peut-être que les juges  comme le juge Mortazavi qui a assassiné, après avoir torturée et violée, Zahra (Ziba) Kazémi, seraient allemands !)

la femme doit obéir (être dominée) à son mari, doit rester coûte que coûte avec lui, même si cela devient très dur (message aux insatisfaits de l’intérieur du pays et aux fugitifs de l’extérieur pour leur dire de rester pour les premiers et de rentrer pour les deuxièmes pour être dominés et réprimés par un gouvernement voleur et criminel, et de fermer sa gueule !)

Avez-vous par hasard entendu ou lu que des demandeurs d’asile iranien, après avoir reçu des réponses négatives à leur demande, se sont immolés ? Mettez-vous quelques instants à leur place : ils préfèrent mourir dans un pays étrangers plutôt que de vivre dans leur propre pays et dans la jupe remplie de gentillesse de la Révolution islamique qui développe des gens comme Farhadi.

Mesdames, Messieurs,

Vous avez entendu ou lu que Monsieur Farhadi a produit sept films pendant dix ans et que le producteur de son avant-dernier film «À propos d’Elly » est une des autorités de la SAVAMA [la police politique du régime ayant remplacé la SAVAK la police politique du Chah

Dans le même pays que celui de Monsieur Farhadi, des artistes comme Bahram Beyzaï et Nasser Taghhvaï sont rejetés par le régime. Posez-vous la question suivante : pourquoi Beyzaï n’a fait que trois films en 33 ans ? Pensez-vous que Beyzaï et Taghvaï connaissent moins leur travail de cinéastes que Farhadi et Cie ? Je vous rappelle qu’il y a quelques temps, Beyzaï a été reconnu par les cinéastes de l’intérieur du pays, comme le meilleur cinéaste de l’Iran.

L’autre message de ce chef d’œuvre de la République islamique est adressé aux artistes :

Si tu es obéissant, tu auras des récompenses : la célébrité, le prix et le voyage à l’étranger avec l’argent de poche… Si tu râles même un peu, tes films, comme ceux de Beyzaï, seront montrés dans quelques salles de Téhéran et de provinces au moment où tout le monde est en vacances et au voyage… comme cela, tu ne peux même pas profiter des capitaux privés.

Mesdames et Messieurs,

Ne soyez pas timides ! Félicitez directement Les Gardiens de la révolution (l’armée des Pasdarans) qui a joué le rôle de producteur et nous a donné autant de joie !

Mesdames et Messieurs,

Si vous évaluez les artistes à leur travail et non pas sur la base de leur humanité, leur sensibilité et leur regard sur les souffrances de la société, alors pourquoi n’aidez-vous pas Seif Al-Islam, le fils de Mohamar Kadhafi qui est un artiste peintre et architecte et qui a exposé plusieurs fois en Occident avant la chute du régime libyen !

Je ne peux jamais oublier qu’il y a quelques années, il y avait la même vague de publicité pour Mohsen Makhmalbaf, Abbâs Kiarostami, et d’autres cinéastes du régime (Mohammad Rassoulof, Bahman Ghobadi,Abolfazl DJALILI, toute la famille de MAKHMALBAF, Niki KARIMI, kambouzia PARTOVI, Tahmineh MILANI, Rakhshan BANI ETEMAD, Marzieh Meshkini, Manijeh Hekmat, Madjid MADJIDI, RafiPITZ, Mohammad HAGHIGHAT (et récemment Asgar Farhadi, Lila HATAMI),que les meilleurs d’entre eux sont ceux qui sont les plus obéissantes face au pouvoir et qui savent retourner leur veste le plus vite que les autres., et qui ont pu dormir tranquillement durant ces trente dernières années)!!!

Et ces derniers temps pour Panahi (l’affaire concernant ce dernier était tellement grosse que même Abbâs Kiarostami l’a dénoncé !) Cette vague de publicité a pris beaucoup de temps et d’énergie de nous cinéastes en exil. Aujourd’hui, on entend de la bouche des mêmes fans que ces messieurs ne sont plus à l’ordre du jour. Ils disent que le message de « Séparation » a tellement terrorisé le régime israélien que les autorités israéliennes ont décidé de montrer le film très largement dans le pays ! (Incroyables ces intellectuels drôles, intelligents et créatifs !)

La même histoire s’est passée avec KHATAMI (l’ex président de la République et soi-disant un réformiste). Les mêmes personnes insistaient sur le fait que KHATAMI est un libéral et transformera l’Iran en paradis, etc., et maintenant que KHATAMI a été dénoncé, ils s’accrochent à Moussavi et Karroubi.

L’Occident, avec ses minauderies et les avantages qu’il donne, veut  gagner le cœur de pierre des mollahs. Il donne avec gentillesse des prix à des films en majorité ordinaires ; des prix, non pas un ou deux, mais plus de 1400 ! Est-ce que l’on doit faire semblant d’être naïfs et d’insister que : l’art n’existe que chez les iraniens et c’est tout ! [Proverbe iranien, note de la traduction].

Magnanimes Mesdames et Messieurs,

Comment cela se fait que vous ne voyez aucune différence entre des hommes d’honneur et libres comme Fritz Lang, Stanley Kubrick, etc. et ces dames et messieurs opportunistes ?

Encouragez-vous vos enfants à avoir le même genre de vie de vautour et sanglier d’une apparence humaine comme ces marchands ?

Voilà ma dernière question : Si Fritz Lang, Stanley Kubrick, Roberto Rossellini, étaient encore en vie, qu’est-ce qu’ils auraient eu comme réaction par rapport à votre propagande pour les mercenaires culturels de la République islamique ?

Mesdames et Messieurs,

Pour certains d’entre vous, les crimes de la République islamique ont commencé il y a trois ans, mais pour moi cela avait commencé depuis un an avant la Révolution quand 400 personnes ont brûlé lors de l’incendie du cinéma Rex à Abadan.

Des milliers de regrettes et hélas ! Vous avez fermé vos yeux sur 33 ans de guerre incessante de la République islamique contre la population d’Iran.

Djavad Dadsetan,

Directeur artistique de l’Association de l’Art en exil

NB :

Si vous jugez les artistes par leurs œuvres, vous pouvez organiser dans votre établissement, une exposition des tableaux d’Hitler, ou vous pouvez même inviter Mr KHAMENEI (guide suprême de la République Islamique d’Iran) pour une conférence sur la musique iranienne car c’est un connaisseur et musicien.  La politique cinématographique propagandiste du régime est une copie fidèle de la politique de Joseph Goebbels, il y a deux cinémas, l’un à l’usage des iraniens à l’intérieur, et l’autre à l’usage de l’occidental pour doper les occidentaux à l’extérieur du pays.

 

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