LETTRE OUVERTE AU FESTIVAL DE CANNES

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(La séparation entre les arts et en particulier l’art cinématographique, et le pouvoir des régimes dictatoriaux) …

Si vous évaluez les artistes à leur travail et non pas sur la base de leur humanité, de leur sensibilité et de leur regard sur les souffrances de la société, alors pourquoi n’aidez-vous pas Seif Al-Islam, le fils de Mohamar Kadhafi qui est un artiste peintre et architecte et qui a exposé plusieurs fois en Occident avant la chute du régime libyen ! Et lorsque vous soutenez les réalisateurs Asghar Farhadi, Abass Kiarostami, Lila Hatami, Djafar Panahi, Mohsen Makhmalbaf ou Rassoulof, pour ne citer que les plus connus du cinéma iranien actuel, c’est au régime criminel des Mollahs que vous tendez la main, sous prétexte d’esthétique c’est l’éthique des valeurs de la République (liberté, laïcité) qui est bafouée.

Vous trouverez plus d’articles associés écrits par les cinéastes exilés à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iran, sur notre site.

Sachant que nos articles parus sur notre site sont bien vérifiés et sont basés sur les dires du régime et des médias Iraniens, et comme tous le monde est au courant, la diffamation coûte très cher et nous n’avons pas les moyens de payer les avocats et les procès, c’est pourquoi nous faisons très attention à ce que nous écrivons!

La loi de la moralisation de la politique ne doit pas être réservée qu’ aux politiciens, nous pensons qu’on doit l’appliquer aussi aux responsables culturels et artistiques, aux fans de l’art, et en particulier aux médias, directeurs des festivals et aux distributeurs de films,…. Ça fait bien plus d’une décennie que l’Association Art en exil dénonce la politique culturelle de l’état islamique d’Iran (RI) et informe les décideurs politiques et culturels de la France, les médias, responsables culturels et artistiques, les fans de l’art et en particulier les directeurs des festivals comme Cannes et les distributeurs de films. Avant, lorsque l’on demandait aux responsables culturels et artistiques, aux fans de l’art, les médias occidentaux, et en particulier aux directeurs des festivals et aux distributeurs de films, pourquoi vous ne montrez pas de réactions contre le comportement anti-humain des régimes répressifs, et en particulier le régime islamique, ils répondaient tous : « Le travail des sociétés de distribution de films, les salles de cinéma et les festivals, est séparé des questions politiques ; ils ne réfléchissent qu’au cinéma et à la valeur cinématographique des œuvres qu’ils reçoivent. » Cela aurait été une bonne chose si l’entrée au festival de Cannes ou à celui de Berlin avait été sans manœuvres politiques et pour la défense de la liberté d’expression et contre la censure et la dictature. Dans ce cas, tout le monde aurait été heureux. Mais ce genre d’espoir n’est pas dans le caractère du monde occidental et ce changement ne se voit qu’au niveau d’un geste libéral, sinon pourquoi maintenant alors qu’ils disent être sensibles aux questions politiques, ils ne disent pas un seul mot sur les crimes d’au moins ces dernières années de l’état islamique d’Iran (RI) ? Et pourquoi des milliers d’êtres humains qui sont torturés dans les prisons d’horreur de la RI ne touchent pas leur coeur sensible ? On ne peut quand même pas limiter la défense des droits de l’homme à une couche, un métier ou une seule personne. (Festival de Berlin et celui de Cannes et Parlement européen ne cessent pas de rendre hommage aux artistes fabriqués par les Ayatollahs, comme Jafar Panahi, (lisez les articles associés à J. Panahi, sur notre site.

Pour ne pas être trop long, nous limiterons nos arguments au cadre du cinéma de la RI. Quelques exemples de Berlin, Cannes, César, Golden Globe, Oscar, etc. peuvent déjà montrer la réalité, dans la mesure où Berlin a joué, d’un côté, le rôle d’opposition, et de l’autre, a donné un nombre important d’Ours à un film qui a été officiellement présenté par le gouvernement d’Ahmadi-Néjad (la Séparation de Asghar Farhadi, (lisez les articles associés à A. Farhadi, sur ce site.

Je ne sais pas si on peut donner crédit aux paroles et aux opinions des autorités gouvernementales ou pas ? Si ce qu’a dit Madame Merkel, chancelière de l’Allemagne, a une certaine réalité. Elle a comparé Ahmadi-Néjad à un petit Hitler. Ou bien l’opposition d’autres gouvernements occidentaux et le Parlement européen avec le régime islamique a-t-elle une réalité ? Alors pourquoi montrent-ils dans leurs festivals et leurs salles de cinéma un film envoyé officiellement par le gouvernement de la RI et qui a été réalisé dans le sens de la demande de ce gouvernement et du régime fasciste ?

Le chef des affaire cinématographiques d’Ahmadi-Néjad a dit de façon très franche : « Nous disons très clairement nos opinions et nous ne faisons pas de manières. Si un film traverse la ligne rouge, on n’a pas peur de le refuser… ». L’article 5 de l’ordre du ministère de la propagande islamique, qui a été voté sous Khatami et qui est toujours en vigueur, dit : « L’exportation des films de la RI dans les autres pays afin de les vendre ou de participer à des festivals ou d’autres événements, est soumise à une autorisation spéciale. »

Ces films qui ont eu l’autorisation d’être réalisés après avoir été vérifiés concernant la fidélité du scénariste, du réalisateur et les acteurs au régime, sont revus et vérifiés par une réunion des représentants de Vavak (police secrète), une fondation gouvernementale sous l’autorité du ministère de la propagande, au nom de Farabi, et son représentant. Si l’exportation du film est dans l’intérêt du régime, il aura l’autorisation. Donc, les festivals occidentaux auraient dû arrêter de montrer des films présentés par un gouvernement fasciste, un gouvernement sécuritaire, mafiosi, un régime religieux et militaire.

Comment cela se fait-il que vous ne voyez aucune différence entre des hommes d’honneur et libres comme Fritz Lang, Stanley Kubrick, etc. et ces dames et messieurs opportunistes ?

Encouragez-vous vos enfants à avoir le même genre de vie de vautour et sanglier d’une apparence humaine comme ces marchands ?

Dans le même pays que celui de Messieurs Farhadi, Kiarostami, Panahi etc… des artistes comme Bahram Beyzaï et Nasser Taghvaï sont rejetés par le régime. Posez-vous la question suivante : pourquoi Beyzaï n’a fait que trois films en 37 ans ? Pensez-vous que Beyzaï et Taghvaï connaissent moins leur travail de cinéastes que Farhadi et Cie ? Je vous rappelle qu’il y a quelques temps, Beyzaï a été reconnu par les cinéastes de l’intérieur du pays, comme le meilleur réalisateur de tous les temps d’Iran.

Nous disons que ces festivals ne décernent pas de prix aux films, mais au régime de la RI. La question n’est pas la valeur cinématographique des films, dans ce cas, le festival de Berlin n’aurait pas fait attention au cinéma de la RI. Les films pour les festivals qui se faisaient seulement pour être exportés avaient la même valeur qu’aujourd’hui. Imaginons même que « Séparation » soit l’unique chef d’oeuvre du cinéma, mais les avantages donnés à ce film et son réalisateur sont plutôt en relation avec la RI et les gouvernements occidentaux et non pas le film en tant que tel. Aujourd’hui, on peut dire clairement que la ligne politique de l’occident est beaucoup plus homogène avec les demandes de la RI et ses autorités qui sont beaucoup plus satisfaites de l’Occident. On peut même avancer une autre hypothèse, que les organisateurs des festivals de Berlin, Cannes, César, Golden Globe, Oscar, etc. ne savaient rien, avant 2009 (Ce qui nous surprend énormément et est impossible, car nous avons informé toutes ces institutions)! des événements qui ont mené à la répression sanglante du mouvement populaire, des dizaines de morts, des centaines de prisonniers torturés et violés, des exécutions publiques et la terreur en Iran islamisé. Mais aujourd’hui alors ?

Après la répression de 2009 qui a dénoncé la RI, je n’imagine pas quelqu’un ne sachant pas l’horreur et la corruption de ce régime qui a fait pâlir des Hitler, Goebbels et la Gestapo, rien que en 2012, 580 personnes ont été exécutées en Iran, selon Ensemble contre la peine de mort (ECPM) et Iran Human Rights (IHR). Les exécutions publiques sont en forte augmentation. Avez-vous par hasard entendu ou lu que des demandeurs d’asile iraniens, après avoir reçu des réponses négatives à leur demande, se sont immolés ? Mettez-vous quelques instants à leur place : ils préfèrent mourir dans un pays étrangers plutôt que de vivre dans leur propre pays et dans la jupe remplie de gentillesse de la République islamique qui développe des gens comme Farhadi, Kiarostami, Panahi etc…

C’est dans cette situation, ils acceptent les films de la RI qui sont réalisés pour gagner des prix. Le film « Séparation » n’avait pas encore été réalisé que les médias de la RI ont donné l’information de la participation au festival de Berlin et de gagner des ours. En plus de Berlin, le film a été montré à leur soi-disant festival « Fadjr » qui gaspille l’argent du pays depuis 31 ans. Un festival boycotté par les forces progressistes et où les cinéastes des films de festival sont toujours présents. Au même moment où le 29ème festival Fadjr se passait, le gouvernement d’Ahmadi-Néjad réprimait les nouvelles protestations, et « Séparation » était montré à Fadjr et à Berlin. Ce qui est intéressant est que le nombre de prix que Fadjr avait prévu pour ce film était moins important que les avantages prévus par Berlin pour la RI et qui a été décerné à « Séparation » comme prétexte. Au 29e Fadjr, un des idéologues corrompu et sécuritaire du régime – Hassan Abbasi – était le président du jury du film favori de l’Occident, et Madame Isabella Rosselini, le présidente du jury à Berlin, d’accord avec Fadjr et Hassan Abbassi ! Le soir du décernement des prix de Fadjr, on entendait dans les rues les cris des jeunes révoltés qui scandaient « Mort à Khaménei et à l’ensemble du régime inhumain de la RI ! » Au même moment, Monsieur Farhadi téléphonait de son portable à la salle du cinéma où se déroulait Fadjr, en remerciant les autorités pour lui avoir décerné le prix et lui avoir ouvert la voie pour gagner des prix à Berlin. A Fadjr, il y avait non seulement une homogénéité entre le film et les intérêts du régime, mais il y avait aussi deux films contre le soulèvement de 2009 : « la Finalité » d’un certain Kolahdari un vrai Hezbollahi, et « les Exclus » de Dehnamaki (le chef des nervis), les réalisateurs qui avaient accepté de participer à ce festival ont eu à faire face à la colère de ceux qui se battaient contre le régime. Les avantages donnés au film et réalisateur envoyé par le gouvernement d’Ahmadi-Néjad par Berlin, César, Golden Globe, Cannes, Oscar etc. sont considérés comme une hostilité claire au mouvement de la population emprisonnée de l’Iran.

Au retour, Farhadi et son groupe ont été accueillis chaleureusement par les autorités officielles du gouvernement d’Ahmadi-Néjad, et le responsable de Farabi a pris Farhadi dans ses bras. Depuis ce temps-là, tous les jours une des institutions du cinéma du gouvernement de la RI, sous différents métiers de réalisateurs, d’acteurs, de cameramen, de critiques de films, etc., fêtent l’événement (bien sûr sous forme islamique). En même temps, se passe un événement politique après la pluie d’ours pour « Séparation » à Berlin. Monsieur Guido Vestaleh, ministre des affaires étrangères allemand, a visité officiellement Ahmadi-Néjad emmenant deux journalistes allemands emprisonnées en Iran.

Dans un rapport d’un média allemand, on peut lire : « Isabella Rosselini, présidente du jury de cette année et ses collègues, ont soutenu les cinéastes Iraniens de ce pays en raison des pressions que ces derniers subissent. » Madame la présidente du jury dit, sans le dire, que si le jury offre tous les ours et les bébés ours à la République islamique, c’est un prétexte pour soutenir les cinéastes sous pression. Madame Rosselini ne sait-elle pas que la pression sur les cinéastes et la population iranienne a existé depuis le début de la vie corrompue et criminelle de ce régime ? Pourquoi jusque-là et pendant des années, cette dame, les autres décisionnaires culturels et artistiques, les médias occidentaux et les directeurs des festivals, etc., ne s’étaient pas préoccupés des conditions des cinéastes et de la population iranienne ? Cela ne serait-il pas parce que les consultations se passent avec des conseillers iraniens qui sont des sympathisants de la ligne des réformistes de la RI ? Les mêmes qui veulent la continuité de ce régime.

Ces derniers temps, lors d’une rencontre que j’ai eu avec Monsieur Pierre Chapira, un des adjoints au maire de Paris (qui n’était pas du tout contant de mes remarques sur ses conseillers), j’ai compris que ses conseillers Iraniens n’ont jamais parlé et ne parleront jamais d’artistes d’honneur comme Sohrab Chahid Salesse, Moslem Mansouri, Parviz Sayad etc., qui ont préféré une vie très dure et de souffrance en exil à la collaboration avec la RI. En revanche, ses conseillers (qui se trouvent par tout et même dans les parties politiques etc.) soutiennent les artistes sympathisants de la ligne politique des réformistes ; y compris jusqu’à donner le budget que la mairie de Paris avait mis à sa disposition pour le nouvel an iranien, aux artistes soutenus par ces conseillers en tant que porte-parole et représentants des iraniens vivant en France et à Paris (pauvres iraniens vivant en France et à Paris pour avoir ces gens-là comme porte-parole et représentants !)

Malgré la restriction budgétaire du ministère français de la culture, une partie importante du film « Le Passé» de Farhadi avec un budget de 8, 000,000 euros a été tourné en France et avec le budget de ce ministère, et nous venons d’apprendre que l’état islamique d’Iran est encore présente au 69e festival du Cannes avec Farhadi et son nouveau film « The Salesman », il faut savoir que son film « Le Passé» avec Mme. Bérénice Béjo, elle même la fille d’un cinéaste exilé dont la lettre ouverte des cinéastes iranien en exil à celle-ci, reste toujours sans réponse (un jour Mme Juliette Binoche et un jour Mme. Bérénice Bejo)! était présent au 66e festival de Cannes et a été primé  (Ça vous étonne ? pas nous, nous connaissons la routine de festival du Cannes depuis 16 ans et nous pensons que l’état islamique d’Iran est actionnaire de festival de Cannes)! Mais la demande d’aide de l’Association Art en exil (5 000 euros ! pour son festival international du cinéma) est systématiquement refusée tous les ans sous prétexte de restriction budgétaire. Comment pouvez- vous expliquer cette discrimination évidente? Peut être selon vous, l’art est seulement chez les Artistes nervis et soutenus par des ayatollahs ? Si vous juger les artistes par leurs œuvres, vous pouvez organiser dans votre établissement, une exposition des tableaux de Seif Al-Islam, le fils de Mohamar Kadhafi qui est un artiste peintre et architecte et qui a exposé plusieurs fois en Occident avant la chute du régime libyen ?

Ces gens-là se montrent défenseurs de la liberté d’expression, opposants à la censure et répression et en même temps ils soutiennent les films d’exportation d’un état criminel en lui décernant des prix et en consultation enthousiaste avec les maquilleurs de ces criminels. Le plus intéressant c’est que ces gens sont toujours en train de justifier et légitimer leurs actes irréparables et c’est pour quoi nous pensons que leurs maîtres pour leurs crimes contre l’humanité, et eux (les artistes complices) pour les maquiller, doivent répondre de leurs actes devant La Cour pénale internationale pour non-assistance à personnes en danger.

Hélas, le silence des défenseurs de la dignité et la liberté occidentaux, laisse la liberté à l’Occident de présenter la population iranienne comme des attardés mentaux qui ne comprenant pas ce qui se passe et pour laquelle ils peuvent choisir un gouvernement… Ils doivent comprendre, Iraniens ou pas Iraniens, qu’en décernant des dizaines d’ours, de lions, de panthères, de Palmes d’or, de citoyenneté d’honneur de la ville de Paris, de chevalier et de membre honorifique de l’académie française, etc., ils ne pourront pas empêcher la chute de ce régime, dans la mesure où le régime pourri de la RI et tous ses bandes et groupes (de réactionnaires aux réformistes) qui ont le sang des combattants pour la liberté sur les mains, sont condamnés à disparaître. On doit dire à ces gens-là, ces deux vers de Saadi (l’un des plus grand poètes persans de la période médiévale): « Toi qui n’es pas touché par la souffrance des autres, tu ne mérites pas d’être appelé humain ».

Mesdames et Messieurs,

Vous pensez peut etre que ce regime est démocrate bien sûr ! Ce même régime qui sans cesse creuse dans la vie de la population d’Iran, ce même régime qui a assassiné, après l’avoir torturée et violée, Zahra (Ziba) KAZEMI, cinéaste irano-canadienne, des blogueurs, des militants pour la liberté, des vieux, des jeunes, etc. après les avoir torturés et violés, pour laisser leur corps mutilés dans des cimetières inconnus… Et vous honorez et félicitez les symboles de ce régime dans vos salles?

Voilà ma dernière question : Si Fritz Lang, Stanley Kubrick, Roberto Rossellini, étaient encore en vie, qu’est-ce qu’ils auraient eu comme réaction par rapport à votre propagande pour les mercenaires culturels de l’état islamique d’Iran ?

Mesdames et Messieurs,

Pour certains d’entre vous, les crimes de la République islamique ont commencé il y a trois ans, mais pour moi cela avait commencé depuis un an avant la Révolution quand 400 personnes ont brûlé lors de l’incendie du cinéma Rex à Abadan allumé par ses partisans. Ne soyez pas timides ! Félicitez directement le régime de la RI qui a joué le rôle de producteur pour tous ces films et vous a donné autant de joie ! Je vous laisse avec votre conscience. Des milliers de regrets et hélas ! Vous avez fermé vos yeux sur 37 ans de guerre incessante de la République islamique contre la population d’Iran. Oui, tôt ou tard l’histoire vous jugera et peut-être plus tôt que vous le croyez.

NB : Des milliers d’artistes en Iran sont privés des facilités qui sont réservées aux quelques artistes, poètes, écrivains et cinéastes officiels.

Association Art En Exil est la voix d’une culture humaniste, pluraliste et citoyenne, détachée de toute appartenance politique.

Avec mes respects,

Djavad DADSETAN

Directeur Artistique

Association Art en Exil

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