Monsieur Sean Penn, ne tombez pas du toit, comme « Hassani » !

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Monsieur Sean Penn, ne tombez pas du toit, comme « Hassani » !

Parmi les nouvelles, on a entendu que Monsieur Sean Penn est allé en Iran en tant que reporter du journal San Francisco Chronicle. Après avoir rendu visite, à Téhéran, aux contempteurs du Grand Satan, pendant la « prière du vendredi », il a rencontré des individus du secteur « cinéma » du même acabit.

On dit que monsieur Sean Penn, artiste célèbre du cinéma américain fait aussi partie des opposants à la « guerre ».

Le point qui m’a préoccupé dans son voyage, c’est « l’adresse » à laquelle il s’est rendu et, à la suite de cela, ses paroles adressées au secteur cinéma de l’État fascisto-religieux d’Iran. « L’adresse » où il s’est rendu et ses paroles montrent que ce « voyage » n’était pas précisément fait pour préparer un « reportage » normal comme on en réalise à travers le monde, mais pour adopter une « position » précise dans l’intérêt d’un « côté » déterminé. À la différence près qu’il n’a pas bénéficié, comme madame Christine Amanpour (1), d’une ascendance iranienne et n’est pas, comme la « BBC », le soutien et le porte-parole des fascistes iraniens. Ces gens-là, sous la couverture de « journalistes » et agences de presse, sont, consciemment et depuis de longues années, des associés des mollahs criminels. Mais heureusement, le père de monsieur Sean Penn n’est pas iranien et Sean Penn travaille pour cette officine de presse qu’est la BBC. Nous n’avons donc pas l’intention de le « calomnier ».

Notre question est seulement celle-ci : Monsieur, si à cause de la mort d’êtres humains, vous êtes contre « la guerre », pourquoi alors vous voit-on dans le secteur « cinéma » d’un État qui, pendant la guerre contre l’Irak, a envoyé des milliers d’enfants pour neutraliser des champs de mines, surtout au moment où, d’après le témoignage mondial, cet État aurait pu arrêter la guerre en recevant une indemnité et les territoires occupés. Cet État a donc sacrifié la vie de milliers et de milliers de « jeunes » iraniens à ses désirs guerriers. Pourtant ceux qui évoluent dans la sphère du cinéma gouvernemental d’Iran, non seulement, comme vous, n’ont pas protesté, mais pour de « l’argent », pour être célèbres, ils ont même fermé les yeux sur les corps déchiquetés d’enfants et de jeunes et ont réalisé des films épiques au profit de ce même État et avec l’argent de celui-ci.

Monsieur qu’auriez-vous fait si vous aviez été un cinéaste à cette époque-là en Iran ? Nous sommes sûrs que vous auriez protesté et que vous auriez payé le « prix  » de votre protestation ou bien, si à cause de l’atmosphère de terreur, de tortures et d’exécutions, vous n’aviez pas pu exprimer votre opinion, vous auriez au moins gardé le silence et vous n’auriez pas collaboré avec le cinéma étatique. Mais ces cinéastes n’ont pas fait ce que vous auriez fait. Ils ne sont même pas sortis du pays, comme des dizaines d’artistes iraniens, pour faire entendre leurs cris de protestation contre cet État et son cinéma.

Comme on dit que vous êtes contre la « guerre », monsieur, nous avons parlé de la guerre en quelques lignes, et cependant, sur les crimes de guerre de cet État, on pourrait écrire des livres entiers.

Nous pensons que ce n’est pas seulement la guerre qui tue les hommes.

À l’époque où cet État a exécuté, en quelques jours seulement, des milliers et des milliers de prisonniers politiques, les mêmes auxquels, sous le nom d’artistes, vous avez serré la main, non seulement ont gardé le silence, mais ils ont fait des films et « ont maquillé » le gouvernement. Certains d’entre eux étaient même inquisiteurs dans les prisons et interrogeaient des opposants à l’État.

Monsieur Mohsen Makhmalbaf, le metteur en scène en vue du cinéma iranien, à l’aide du fouet du maton, a obligé certains prisonniers politiques à jouer dans un film qui présentait des opinions contraires à celles des prisonniers-acteurs eux-mêmes. (Et il n’a jamais montré le moindre regret sur son passé et n’a jamais demandé pardon à ses victimes).

Étiez-vous prêt, comme un Makhmalbaf, à être un metteur en scène connu ou à « protester » contre « l’oppression » et « l’humiliation » de l’humanité ? Si, en tant que personnalité cinématographique, vous aviez fait face à un État qui, tout en maîtrisant tant de richesses « nationales », développait la pauvreté et qui pillait tellement la nation que les pauvres se sentaient obligés de vendre leurs organes pour pouvoir survivre, qu’auriez-vous fait ? Auriez-vous « applaudi » cet État ? Auriez-vous tourné des films ? Auriez-vous accepté des prix internationaux ? Auriez-vous offert votre prix au président de cet État ? Auriez-vous, comme Abbas Kiarostami, écrit des lettres amicales aux criminels (lisez sa « lettre « d’amour » sur le site d’Art en exil: www.artenexil.net) et auriez-vous fait de la propagande pour eux ? En tant qu’artiste, qu’auriez-vous fait face à tous ces « crimes, ces assassinats et cette famine » ? Nous sommes sûrs que dans tout ce que vous auriez fait, vous n’auriez pas défendu, comme le font les Kiarostami, , Jafar Panahi, Bahman Ghobadi, Tahmineh Milani, Madjid Madjidi, etc …, cet État et son président.

Vous avez malheureusement serré, en tant qu’artiste opposant à la « guerre », la main de ceux-là mêmes qui ont mis leur « art » au service du « maquillage » de cet État fascisto-religieux. Ces gens-là qui se sont attribué le nom de cinéastes, ont, pour recevoir les prix qu’ils acceptent et entretenir leur célébrité, une seule tâche à exécuter : le « maquillage » du visage inhumain de cet État, et ce, pour pouvoir détourner l’attention de l’opinion publique et celle de gens comme vous.

Un artiste peut-il approuver le « massacre » d’êtres humains et accepter que le respect humain soit foulé aux pieds par des exécutions collectives de prisonniers politiques, par la vente d’ « organes du corps », ainsi que par « l’immolation personnelle» des iraniens qui ne peuvent plus supporter leurs « mauvaises » conditions de vie ? Vous avez serré la main de ceux qui, à travers le temps, les outils cinématographiques, et jusque à travers leurs opinions proclamées selon la demande du « dirigeant », ont dit « oui » pour consolider les bases de cet État.

Monsieur, si vous êtes vraiment contre le massacre et l’humiliation des êtres humains, lavez-vous donc les mains après avoir serré celles des « maquilleurs » de l’État fasciste et ne laissez pas ce même État profiter de vous comme il l’a fait avec ceux à qui vous avez serré la main. Votre « adresse » en Iran était une mauvaise « adresse ».

Lavez-vous les mains en corrigeant « l’adresse ». « La bonne adresse » se situe parmi les artistes qui militent contre la guerre Iran/Irak, contre la guerre des États-Unis contre l’Irak et contre n’importe quelle guerre, artistes qui se préoccupent de la vie d’êtres humains ; parmi ceux qui, pour protester et s’opposer, n’acceptent pas et crachent sur l’argent, la célébrité et les prix qui s’acquièrent sous le « drapeau » de cet État criminel.

Quelques-uns de ces artistes font des films en cachette en Iran, un certain nombre de ces artistes vit en exil et en général, accepte un minimum vital inconfortable en travaillant dans des métiers qui n’ont pas grand-chose à voir avec leur « profession », pour pouvoir proclamer leur opposition aux actions inhumaines de l’État islamique d’Iran.

Cela fait longtemps que nous essayons de mettre en place en Iran le « cinéma clandestin ». J’ai, moi-même, fait quelques films en cachette en Iran. Je les ai montrés dans des milieux cinématographiques en Europe, au Canada, aux États-Unis, en Asie, en Amérique latine et en Australie. Nous avons essayé de présenter ce cinéma clandestin. En Iran, certains groupes d’artistes font, secrètement, des films sur les « immolations » et les « suicides » des jeunes, sur l’achat et la vente d’ « enfants », la vente de très jeunes filles sur le marché du sexe par des mafias étatiques, ainsi que sur les protestations d’étudiants, d’instituteurs et d’ouvriers.
Dans la ville même de Téhéran où vous avez assisté à « la prière du vendredi » de cet État, 150 enfants des rues meurent, en moyenne, par mois, pour cause de pauvreté, et le nombre de suicides et d’immolations est de 100 par jour. Les bandes étatiques font près de deux milliards de dollars de profit par an avec la vente de très jeunes filles sur les marchés du sexe des pays de la région. On peut souligner que ces statistiques sont celles des journaux de l’État lui-même, qui, de temps en temps, sont obligés d’avouer une partie de ce qu’il se passe en Iran.

Tous nos efforts se font pour aider, en Iran, ces cinéastes et pour que ces films soient produits. Parce que ces cinéastes ne profitent pas de l’argent et des possibilités de l’État comme c’est le cas pour ceux dont vous avez serré la main. Ces artistes, en Iran et en exil, font face à beaucoup de difficultés pour réaliser un documentaire et produire une œuvre. Mais ils ont une forte motivation de résistance ; leur motivation est de se battre pour que la société iranienne parvienne à profiter de la liberté et des droits humains.

Monsieur, j’en termine par une histoire iranienne :

Un jour, une mère nettoyait la cour de sa maison et, au même moment, son fils jouait sur le toit en terrasse de la maison. Le fils s’appelait « Hassani ». Chaque fois que Hassani s’approchait du rebord du toit, sa mère, de peur qu’il ne tombe, criait : « Recule Hassani sinon tu vas tomber ! »
L’histoire a continué jusqu’à ce qu’Hassani, à cause de la « peur » de sa mère, recule tellement qu’il en tombe dans la cour voisine de l’autre côté du toit.

J’espère donc que vous ne tomberez pas dans la cour des « fascisto-religieux ».

(Le texte anglais de cet article a été envoyé à la presse cinématographique américaine.)

Moslem Mansouri

moslemmansouri7@hotmail.com

Utopia_film@yahoo.com

Journaliste de CNN
Note du traducteur

(1) Christine Amanpour = Journaliste britannico-iranienne née à Londres en 1958. Sa famille a dû quitter l’Iran après la Révolution islamique. Elle parle couramment anglais, persan et français. Elle travaille aux États-Unis. Sa couverture de la Guerre du Golfe l’a rendue célèbre. Devenue correspondante internationale en chef de CNN, elle participe aussi à des émissions télévisées sur ABC News. C’est probablement la journaliste la mieux payée au monde.

 

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