Les contrefaçons du régime [de la République islamique]

dans le cinéma et l’art clandestin

Par Moslem Mansouri, Cinéaste Iranien en exil

www.moslemmansouri.com

mai 2009

Suite à la fondation du cinéma clandestin en Iran, la littérature et la musique clandestines se sont formées aussi. La musique clandestine s’est montrée avec des chansons de protestation et sociales. Ensuite le régime, pour les confronter, a développé des chansons minables au nom de la musique clandestine.

Depuis longtemps, le régime essaie de faire la même chose pour salir le cinéma clandestin. Il essaie de créer une confusion entre l’art clandestin et l’art officiel. L’année dernière, les organisateurs du régime ont annoncé bruyamment que le plus grand concert « clandestin » sera mis en place à Dubaï, et que les artistes feront leur concert avec l’autorisation de l’État et retourneront en Iran.

Le régime veut pousser la société à penser que la musique clandestine est une forme de musique comme le pop ou le rap. Pourtant, la différence et la frontière entre les deux sont la même que celle les partis et les groupes politiques qui ont des activités sous la protection et dans le cadre de la loi du régime d’un côté, et de l’autre, les courants qui luttent pour briser la même loi. Comme par hasard, les deux groupes protestent. Les protestations des premiers n’est pas contre le régime et sa loi, mais pour les réformer, pour que le régime reste en place. Mais les seconds luttent contre l’exploitation des masses laborieuses du régime et de sa loi. On peut donc voir que même dans l’art officiel on proteste, mais c’est une protestation autorisée. Y compris de temps en temps, le régime proteste contre lui-même. Ces protestations sont faites pour que l’on fasse une confusion entre l’art clandestin et celui officiel.

Dans ce sens, le Ministère de l’Intérieur a réalisé par un de ses laquais, un film qui s’appelle « Personne ne sait rien des sanglots d’Iran ». On dit que c’est un film sur la musique « clandestine » en Iran. Les médias du cinéma de la République islamique disent que ce film a été réalisé d’une « manière clandestine » ! D’un côté, vous avez la musique « clandestine » qui est réalisée avec le passeport et autorisation du régime à Dubaï, et de l’autre côté, vous avez un film « clandestin » dont les médias de la République islamique font la publicité.

C’est intéressant de voir que les Ministères de la Culture et de l’Intérieur produisent des soi-disant films « clandestins », et ne même temps ils deviennent eux-mêmes les critiques et font beaucoup de bruits autour de leur censure pour cacher leur vrai but.

Un des sites du régime « le Conseil islamique des artistes » écrit : « Ces derniers temps, loin derrière le dos des directeurs culturels, certains centres artistiques et littéraires sont poussés, pas de façon linéaire mais en bondissant, vers la clandestinité. On peut donner des exemples dans le cinéma clandestin, la musique clandestine, la littérature clandestine, etc. Aussi, dans le monde du livre et de la littérature, avec l’exposition internationale du livre à Téhéran, ceci s’est développé de plus en plus. »

C’est clair que la République islamique ne peut pas faire abstraction du cinéma et de l’art clandestins. Donc, comme il ne peut pas les empêcher, il essaie de les salir. Lui aussi, comme les autres régimes de répression sociale, il a différents moyens de sortir les mouvements sociaux de leur voie et de les détruire de l’intérieur. Dans ce cadre, les médias persanophones de l’intérieur comme de l’extérieur, jouent le rôle de bourbiers culturel du régime. Ils injectent à la société des ordures culturelles, politiques et propagandistes du régime sous différentes couvertures. Les médias persanophones dans les pays occidentaux jouent le même rôle. Les directeurs de ces médias sont d’accord sur cette question avec le régime, que la voix des affamés ne doit pas être entendue, que leurs points de vues ne doivent pas être vues et que leurs revendications ne doivent pas être réalisées.

Quant aux pays occidentaux, même si ils ont des oppositions avec le régime, ils ont un point commun avec celui-ci : la peur du développement d’un mouvement appartenant aux opprimés et aux exploités de la société. Leur protestation ressemble à celle d’une partie du régime contre une autre ; le même genre que l’art non clandestin fait contre le régime. Pourquoi ? Parce qu’une brèche ouverte dans le système d’exploitation par un mouvement populaire,  aura comme premiers perdants justement les pays occidentaux.

Pour cette raison, les films qui sont faits sous le régime islamique ou dans d’autres pays et qui parlent des questions sociales, de la pauvreté etc.,  sont, pour la plupart, contre la population pauvre. Quand quelqu’un fait le choix de parler de la misère, s’il ne fait pas le lien entre celle-ci et son origine – c’est-à-dire le système d’exploitation –, s’il ne fait pas le lien entre celle-ci et le mouvement de protestation sociale comme une solution principale, et si au contraire il fait le lien entre celle-ci et des relations affectives, morales et de chance, ce sera une trahison des masses exploitées. Car les régimes s’efforcent d’éloigner  la société de l’origine de la pauvreté, et de montrer à la société des solutions bidons pour que leur système d’exploitation reste en place. C’est pour cela qu’il font tellement de tintamarre et donnent tout ce qu’ils ont comme Oscar à des films répugnants comme ….pour que les habitants des bidonvilles pensent que leur situation changerait à travers un jeu et non pas par une révolution

Si jusque hier, les États essayaient de gagner les artistes, aujourd’hui ils ont gagné l’art, ils ont gagné le cinéma et la musique. Si un artiste veut que son œuvre soit vue et qu’il gagne sa vie et la notoriété, il doit travailler avec eux et dans leur cadre. Aujourd’hui ces cinéastes et ces artistes sont les employés de ces compagnies, ils produisent sur la base de ce qu’eux veulent. L’art clandestin, le vrai, montre qu’il est sur la bonne voie, il sait ce qu’il  faut faire.

C’est la tâche des artistes, des êtres humains, qui se battent contre le système de vol et d’exploitation et qui préfèrent la pauvreté, la solitude et l’anonymat à la richesse donnée par le régime d’exploitation. Il faut consciemment dénoncer les ruses des régimes dans les domaines social et artistique.

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