LETTRE OUVERTE DE BAHMAN GHOBADI A ABBASS  KIAROSTAMI

« Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. « 

J’accuse
Émile ZOLA (L’Aurore, le 13 janvier 1898)

A propos :                  

Que se passerait-il si les sangliers et les chauves-souris ne portaient pas le masque d’artiste, d’écrivain, de poète, de journaliste, de scientifique, de politicien…pour acquérir de l’argent et de la notoriété en aidant les dictateurs criminels à justifier leurs actes barbares ? Si seulement censure et propagande appartenaient au passé, si seulement les vautours sanguinaires ne portaient pas de masque, alors oui l’art serait en tout point défendable et nous pourrions être fiers d’ériger les intellectuels comme porte-paroles de ceux qui ne l’ont pas; mais voilà l’opportunisme règne et en Iran plus particulièrement.

A propos :

Concernant Abbass Kiarostami, il y a bien des années que je me suis fait une opinion à son  sujet, (d’ailleurs je dirai la même chose au sujet des deux cinéastes), mais, n’y aurait-il personne pour poser la question au deuxième (Bahman Ghobadi, de savoir s’il a pu dormir tranquillement durant ces trente dernières années ? Et de lui demander « Quel acte honorifique il à fait à l’égard du peuple iranien » pendant ce temps avec les capitaux des institutions comme Farabi, le ministère de Ershad Islamique de Khatami, et de Rafsanjani et AHMADINEJAD?…

Qu’on ils fait pour que vous les cinéastes et journalistes et intellectuels occidentaux, les admiriez autant? Ont ils fait un pas, même un petit pas, comme Fritz Lang ou Melina Mercouri, contre la dictature des mollahs?  Ont-ils dit quelque chose, même de court et symbolique contre les crimes et les inégalités des ayatollahs contre le peuple et surtout contre les femmes en Iran? Ont-ils soutenu des centaines de milliers d’enfants du travail?

Questions aux Ambassadeurs culturels des Mollahs :

Grâce à quoi et à quel budget vous et d’autres cinéastes et artistes iraniens, appréciés par de nombreux responsables culturels de France, tels M. PANAHI et M. RASSOULOF, (qui ont réussi àtromper des cinéastes du monde entier et les gens du cinéma avec de fausses arrestations et interdiction de réaliser des films), Asghar FARHADI (réalisateur de film 100% propagande « Séparation »au bénéfice de son producteur l’empire financier des Gardiens de la Révolution « Pasdaran, la milice du régime Islamique », Rafi PITZ, Abolfazl DJALILI, MAKHMALBAF, Niki KARIMI, kambouziaPARTOVI, Tahmineh MILANI, Rakhshan BANI ETEMAD, Marzieh Meshkini, Manijeh Hekmat, Lila HATAMI, l’actrice du film Séparation (la poupée Barbie et le produit des ayatollahs), MadjidMADJIDI, Mohammad HAGHIGHAT… Et les chanteurs comme: Shahram Nazeri, Parissa, SHAJARIAN, les poètes comme Mohammad Ali SEPANLOO. …

Vous êtes vous fait une renommée internationale ? Si ce n’est que l’argent du pétrole appartenant au peuple iranien ? Et la pression de la République Islamique pour truquer son visage à l’extérieur de l’Iran ? Les meilleurs d’entre vous sont ceux qui sont les plus obéissantes face au pouvoir et qui savent retourner leur veste le plus vite que les autres.

Vous (ambassadeurs et les mercenaires culturels) des Ayatollahs, vous êtes parmi des experts qui savent retourner leur veste car seul le pouvoir compte, vous avez de chances??? Avec certains intellectuels occidentaux  de toutes sortes, soi-disant engagées!!! Qui ignorent le sens des valeurs profondes, la compassion, la notion de responsabilité…Qui devrait avoir honte de leurs collaboration…Qui devraient se rendre en Iran et participer plus activement aux lapidations, exécutions ou participer à la pratique de la torture ou d’autres formes de traitement cruel du régime des ayatollahs …Parfois je me demande que ces gens-là (les intellectuels occidentaux), qui jugent les artistes par leurs œuvres, ils peuvent bien proposer à la direction de leur établissement, une exposition des tableaux d’Hitler et Seif al-Islamun des fils du colonel Mouammar Kadhafi, architecte peintre qui a exposé ses oeuvres dans plusieurs pays, ils peuvent même inviter Mr KHAMENEI (guide suprême de la République Islamique d’Iran) pour une conférence sur la musique iranienne car c’est un connaisseur et musicien. 

Pendant le premier mandat présidentiel de AHMADINEJAD, vous l’avez considéré comme un bon président et n’avez aucun problème avec lui ? Et maintenant que AHMADINEJAD est moins généreux et à priori crée des problèmes à l’extérieure de l’Iran, et en soutenant le soit disant réformateur, Mousavi (un des candidats que l’occident veut bien imposer aux iraniens et le candidat préféré d’un certain responsable culturel et politique français et certain intellectuels iraniens, celui-ci, en tant que premier ministre pendant 9 ans cautionnait les crimes horribles de l’Ayatollah KHOMEINY), vousne vous entendez plus avec AHMADINEJAD?Pourquoi donc  ne dites vous mot au sujet des crimes contre l’humanité, les tortures pendaisons des meilleurs de la jeunesse d’Iran par ce régime barbare et ça dure depuis depuis 33 ans pendant vos interviews en occident ??? Non assistance à personne en danger, vous connaissez ? Je vous accuse, vous et ceux qui gardent le silence face à la violence Mais ce qui me dégoûtera toujours autant, c’est bien la passivité des témoins

Il fait des reproches à son confrère Kiarostami en l’occurrence ! Encore bien heureux qu’ils se dénoncent mutuellement et de temps à autre, ainsi il me facilitent la tâche, autrement siKiarostami  n’aurait pas dit du mal à propos de son dernier film, il l’aurait été encore un gentil papa pour ce garçonnet ??? N’est-ce pas ?

Mes salutations,

Djavad DADSETAN

Directeur Artistique

Association Art en Exil

LETTRE OUVERTE DE : BAHMAN GHOBADI A ABBASS  KIAROSTAMI

Comment pourrez vous dormir paisiblement ?

Cher monsieur Kiarostami !

Dans ces moments critiques et décisifs, que vous le voulez ou pas, le critère de l’honneur, le respect et la fierté, serait l’accompagnement du peuple et l’intransigeance avec ses ennemis. Vous, avec vos déclarations vous nous déconseillez de contester dans les festivals, de nous joindre au peuple et de produire des films sur les problèmes soucieux politiques. Les gens n’oublieront pas le silence des artistes, ils sont les meilleurs juges.

Cher Monsieur Kiarostami,

Durant toutes les années dont je vous considérais un respectueux, bien cher et aimant cinéaste, je ne me suis jamais permis de t’écrire même pas une seule lettre personnelle. A chaque fois que je désirais exprimer mes sentiments et formuler mes plaintes et nostalgies, j’ai préférais vous écouter vous et vos paroles apaisantes. Mais vos derniers discours et vos récents entretiens avec les médias étrangers m’ont tellement impressionné et étonné que pour la première fois je me permets de vous écrire.

Tout a commencé depuis la maudite soirée.

Le soir au festival d’Abou d’Abie, vous m’avez interpellé en me prennent par le bras et m’attirant dans un coin pour me dire que mon film, « les chats persans », ne vous plaisait pas.

Cela ne m’a pas vexé, mais j’étais profondément choqué! Car quelques mois auparavant aux projections privées dans ma maison à Téhéran, vous l’aviez vu et vous m’aviez dit que vous l’aimiez.

C’était inimaginable de voir qu’une personnalité comme vous, en espace de quelques mois seulement change d’avis à ce point. Malgré cela j’ai apprécié votre point de vue et je vous ai remercié mais vous avez continué vos attaques :

Vous avez prononcé des mots et faites des déclarations que je n’aurais jamais imaginé pouvoir entendre de votre part. Tu as commencé par moi cinéaste et ma manière de voir les lacunes de notre société, puis tu as continué tes critiques envers Mr. Jafar PANAHI, ensuite tu nous as passé tous le savon et tout cela sous un ton peu gentil avec des propos désagréables dont jamais je n’aurais cru les entendre dire par vous qui êtes habituellement si poli et digne. Vous avez comparé nos manières de faire des films au plus infirmes actes et critiqué notre façon de regarder les événements récents de notre société.

Tu ne t’es pas arrêté à ces propos, tu m’as accusé et condamné moi et d’autres qui avions entendu les cris des gens dans les sous sols, les maisons, les ruelles, et les passages de notre ville, pour être des menteurs.

Tu as déclaré que lorsque les spectateurs acclament et applaudissent à la fin d’un film, c’est la mort de son réalisateur.

Est-ce que lorsqu’au festival de Canne, quand les films du « Goût de la cerise » et « au travers les oliviers » se terminaient et que les spectateurs acclamaient et applaudissaient, la fin du cinéaste KIAROSTAM s’approchait ? Après la projection de mon film dans cette immense salle, la seule personne assise sur son feuteuil et qui n’applaudissait pas et qu’avait été en colère c’était vous.

Mon bien cher professeur !

Vos commentaires et connaissances sur le cinéma sont respectueux pour moi tout comme pour les amoureux du cinéma, mais cela ne justifie pas de vous donner raison et de vous permettre de décider des devoirs pour les autres avec votre nature unilatérale et limitée concernant le monde artistique et de juger sans valeurs leur cinéma différents de tes propres œuvres qui sont éteintes, sans voix, et sans connections avec les troubles sociales.

Moi, j’obtiens mes récompenses et mes prix dans le souffle chaud des spectateurs de mes films. Les mêmes applaudissements et encouragements à Abou Dhabi, m’étaient plus valorisants que la récompense en argent liquide dont les mêmes spectateurs m’ont donnée. Contrairement à vous, moi, je crois aux effets affectifs qu’on a sur son interlocuteur, et j’en ai fait mon style et ma méthode de travail.

Quand ce soir là tu m’as tiré dans un coin, j’ai pensé que tu avais l’intention de me consoler. Alors au même moment j’ai du essayé de m’expliquer pour que tu sache que moi j’ai la conviction que, ne pas donner de prix et ne pas en recevoir n’a nullement besoin d’explication.

Si seulement tu te serais tu sur le champ,  tu n’aurais pas brisé par cette voix  épouvantable le mythe que j’avais construit de toi pendant toutes ces années là.

Cher monsieur KIAROSTAMI!!

Pour innocenter votre image tachée par votre silence et votre conservatisme, il n’est pas juste de viser l’engagement social de nos films, et de nous accuser, et réprimander à cause de nos spécificités graves et importantes qui nous sont propres dont vous n’en  possédez surtout pas.

Courant toutes ces années, sans jamais vous laisser influencer par la politique et la société, vous avez fait des films, bien évidemment par votre choix et grâce à vos droits le plus absolus . Le silence aussi était votre droit, pourtant  si vous aviez ouvert votre bouche pour critiquer la violence des dirigeants et la situation instable de la société, vos marges de la sécurité seraient été plus larges que les nôtres.

Si les festivals et les ONG sont là pour nous défendre, moi, Djafar et bien d’autres cinéastes iraniens au cas où on nous voudrait du mal, il y aurait  les Nations Unis qui vous protègera en face d’un petit chiquenaude éventuel de la part du régime. De toute manière comme je l’ai déjà mentionné, le silence est votre droit. Mais ce qui n’est pas de votre droit, ce sont des paroles qui font les titres des journaux protégeant le gouvernement iranien et satisfont le régime en Iran. Sous quelles critères tu te permets de te moquer des efforts du cinéastes qui accompagnent la population meurtri et honorable avec des paroles vulgaires et pire encore tu utilises le même langage que les dictateurs religieux pour prohiber des mauvaises actions ?

Que s’est-il passé pour qu’on entend de vous les mêmes paroles qu’on entendais dorénavant  de la bouche des responsables gouvernementales du cinéma et les journalistes de Keyhan (le quotidien censuré du gouvernement) ?

Il y a quelques temps de ça, tu avais déclaré que l’Iran serait le meilleur endroit du monde pour produire des films. Peut-être pour un cinéaste comme vous avec le genre de film que vous faîte.  Mais tu sais très bien que pour les cinéastes qui rêveraient d’un cinéma indépendant et intellectuel l’Iran d’aujourd’hui et la société iranienne a son importance, cela ils souffrent à mort de l’atmosphère militarisant et garnisonique du monde du cinéma. Comment pourrais-tu considérer un pays qui impose les pires censures à l’art de production de film, le meilleur pays pour produire des films ?

Dans un climat où nos cinéastes se voient interdits de sortie de territoire l’un après l’autre et certains parmi eux comme Djafar PANAHI, perd l’opportunité de collaborer dans un immense projet international à cause de ça, toi au lieu de prendre leur deffence et les soutenir, tu les réprime en disant ; pourquoi ils ne font pas de film en Iran- le meilleur pays au monde, selon vous pour produire des films- ?  Vous plaisantez certainement. Mais moi, je n’ai remarqué aucun signe de plaisentrie, facétie et allusion dans tout ce que tu as dit. Si tu crois vraiment à ce que tu dis, alors pour quelle raison tu as produit to plus récent film en Toscane en Italie, à cinq mille kilomètres de Téhéran ?

Tu as déclaré sous un ton moqueur :

«  Si Bahman Ghobadi pense faire des films dans de meilleures conditions à l’étranger, je le félicite … Car tout ce que j’ai vu des iraniens qui ont quitté le pays, ils n’ont pas un résultat  bien positif… » Je ne suis jamais sorti volontairement de l’Iran. On m’a expulsé de mon pays. On m’a fermé toutes les portes sur moi en m’empêchant de faire des films. Malgré toute ces difficultés, durant les jours que vous en Italie, vous organisiez les préparatoires pour votre nouveau film, moi, je faisais mon dernier film en plein cœur de Téhéran. Je ne souhaite pas interpréter tes déclarations en tant que absurdité.

Si moi, comme tout autre patriote, défends les intérêt de mon pays, et m’inquiète pour ma société,  si je fais des films pour ma société, c’est par ce que c’est cette même société qui a fait de moi uncinéaste .  Moi, je ne suis du tout d’accord de quitter la patrie, alors comment voulez –vous que j’encourage les jeunes à quitter le pays. Bientôt tous mes interlocuteurs à l’intérieur de l’Iran pourront visionner gratuitement mon film et porteront un jugement à son sujet.

Tu as dis :

« …Là où chaque nuit, je dors paisiblement, c’est ma propre maison… » Comment pourriez vous dormir paisiblement, alors que le monde entier est au courent de ce que l’on fait subir à la jeunesse iraniennes, chaque jour. Comment  pourrais-tu dormir paisiblement, alors que le peuple iranien ne peut fermer l’œil et vit dans l’inquiétude d’un avenir noir pour ses enfants ? Qu’en sais-tu de l’inquiétude et de la frayeur que l’on sent lorsque on produit un film sans visa ni autorisation ? Qu’est-ce que t’en sais de ce que veut dire la prison lorsque ton film trouve un succès à Canne et l’inquisition que l’on subit à cause de tes déclarations faites à l’extérieur du pays ? J’ai subi et vécu tout cela avec âme et cœur, c’est pour cela que je ne puis dormir tranquillement comme vous. Et c’est pour cela que la société iranienne d’aujourd’hui m’importe plus que le cinéma.

Pour venir en aide à mes compatriotes qui vivent dans la douleur et l’injustice, je suis prêt à abandonner le cinéma et rendre service et faire mes devoirs vis-à-vis d’eux. Je suis nostalgique pour mon petit appartement avec son unique chambre à coucher dont à une époque je faisais des bonnes nuits tranquilles, et pendant la journée je recevais mes amis et collègues du travail. Il y a bien long temps que je n’avais plus de sommeil tranquille là-bas. Mais vous, vous dormez paisiblement. Certainement que vous le pouvez.

Tu as dit :

« …Je voudrais continuer à faire des films dans mon pays et dans ma langue maternelle… »

On ne vous avait jamais condamné au silence à cause de votre kurditude, pour votre sunniticité. Mais dans ce même pays qui est aussi le mien, on ne m’a jamais permis de faire un film dans ma langue maternelle, et l’un des causes de confiscation de mes films c’est cela même.

Moi, tout comme vous, j’aimerais faire des films dans mon propre pays et dans ma propre langue maternelle. Moi aussi je suis amoureux de mon pays et de ma maison. Mais tout cela je les ai perdu, car je n’ai pas choisi le silence. Et vous, vous avez tout cela – au prix de votre silence et de n’avoir jamais rien dit.

Si seulement tu avais laissé tout dans le même état de chose. Tu  aurais avancé sur ton propre chemin avec tes biens et ton sommeil paisible, qui t’assurait dans ta maison au fond de ce cul de sac. Et nous, nous aurions avancé sur notre chemin, criant autant que ces gens dont leur destin nous est plus cher que le cinéma, avec nos bien que l’on nous a confisqué et confisque encore.

Quelle nécessité nous avons pour chanter au même rang que ceux qui  répriment et écrasent la population ?

BAHMAN GHOBADI

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